
1 - Ma première tentative auprès de la Grande Dame à lieu en Juillet 1993 (…) je passe discrètement la nuit
dans la statue (…) impressionné par l'ambiance (…) j’arrive jusqu'au sommet de la flamme vers 2h00 du matin (…)
Malgré beaucoup de temps passé dans les musées, des plans ont disparus et cette exploration est destinée à relever
précisément certaines dimensions (…) j'ai prévu de rejoindre le flot des visiteurs (…) Depuis 21 ans, il est le seul
à monter tous les mercredis dans cet endroit fermé (…) dans la stupéfaction puis la compréhension des Rangers (…).
2 - Ma deuxième tentative a lieu le 16 Juin 1994 avec Christophe mon coéquipier (…) il nous faut plus de vingt
rigoureuses visites pour cacher l’élastique, le treuil, notre batterie de voiture, une plate-forme métallique et
divers équipements, soit plus de 60 kilos de matériel (…) Dans le souci du respect des lieux, j’ai pris des bouteilles
vides afin de nous soulager durant la nuit (…) Nous rejoignons le sommet de la flamme avec tout le matériel (…) Tôt le matin,
une équipe de tournage publicitaire est exceptionnellement arrivée avant l’ouverture au public (…) et nous les croisons dans
l’épaule de la Statue vide (…) Dans la torche, après plus d’une heure de check-list et de préparation, je termine mon échauffement
(…) Le premier ferry de visiteurs accoste et le deuxième attend (…) Nous allons sortir vers 8h50 (…) alors que notre cameraman arrive
(…) Les autorités sont particulièrement vexées et personne n’ébruite l’événement auprès des médias (…) L’affaire trainent des mois et
se perd dans le temps (…).
3 - Ce troisième essai en Novembre 2000, est certainement mon ultime tentative (…) J'ai la chance d'être aussi inventif que créatif.
Il me faut donc trouver encore de nouvelles solutions (…) Seul, mon intervention sera beaucoup plus souple (…) Pendant cinq ans, je cherche
une solution aboutie pour remonter seul sur mon élastique (...) La mise au point et les répétitions sont très physiques (…) la solution du
para-moteur pour arriver au niveau de la torche me parait la plus précise et l'éthique sportive est respectée (…) Je fais des centaines de
simulations. Je veux enchaîner au moins quatre sauts différents (…) et finir par une simple descente en rappel (…).
9h10 : 28 km/h, vent stable et laminaire depuis 30 minutes.
(…) au décollage, je réfléchi des dizaines de fois aux conditions particulières et aux engagements (…) Les photographes et cameramen attendent
depuis des semaines (…) Pendant environ deux minutes, à trois mètres de la torche, je fais du sur-place (…) Je tire sur les freins et par prudence
m’échappe en mer (…) Ils n’ont pas vu mon élastique d’acrobatie (…) la police me demande de ne pas encombrer le terrain (…) Je rentre en tramway
effondré après tant de préparations et d’années d’entrainement (…).
4 - La quatrième tentative le 23 Aout 2001, est encore plus rigoureuse dans la réalisation de mes sauts acrobatiques (…). Le vent est
parfait depuis une heure à 7 km/h (…) Cela se traduit par 12-16 km/h de vent au-dessus de la mer. Fantastique : enfin, la perfection aéronautique
après tant d’année de répétition (…) A 100 mètres de haut, au-dessus de l’océan, dans la baie de New York et sur la côte Atlantique, j’aurais
cette petite brise constante (…) Ma deuxième approche en huit me place à dix centimètres près, dans l’axe horizontal et vertical de ma cible (…)
Dans ces dernières secondes, il n’y a plus d’air ! Une bulle sans vent de face. Je suis obligé d’atterrir sans vent de face à 22 km/h (…) Dans
ce vide impossible, mon mousqueton d’urgence est inutilisable (…) J’ai les pieds sur le bord de la torche et l’élastique appui sur la rambarde
exactement comme prévu (…).
Suspendu à 4 mètres de la torche, je n’ai jamais été aussi vexé de ma vie. J’ai tout ce qu’il faut pour descendre en rappel mais j’avoue ne pas
y penser pendant mes quarante minutes de suspension (…) Je suis tellement humilié après des centaines de répétitions de vols (…) Il est trop
provocateur de descendre par le bas alors que les Rangers vont arriver dans quelques secondes (…) La police mettra plus de quinze minutes avant
d’être là-haut (…). Je suis bien idiot de ne pas descendre par moi-même ces 93 mètres comme prévu après mes trois acrobaties (…)
Les deux policiers sont des sous-mariniers très sportifs et discrètement efficaces mais ne connaissent pas les manipulations de cordes.
Ils sont en sécurité derrière la rambade et ne savent pas comment faire. L’un d’eux a fait de la montagne à Chamonix (…) Je lui explique comment
utiliser une corde et il finit par obtenir un bout marin usagé (…) Les trois autres policiers dérangent beaucoup et jouent aux héros. Cet excès
de zèle de la police est exaspérant (…) Les deux sous-mariniers me tapent sur l’épaule et me félicitent en cachette. Les trois autres policiers
s’agitent encore pour m’aider à descendre et vivre la grande aventure américaine dans l’escalier que je connais par cœur ! (…).
Sur sa tribune officielle de la ville de New York, la police explique son héroïsme au péril de sa vie devant les télévisions (…) Quelle injustice après tant de sacrifices (…). (…) Après tout ce déballage médiatique (…) le Juge s’en tient à ma démarche artistique et me condamne à 7065$ mais que je n’ai rien à payer. Il décide que la vente aux enchères de mon matériel payera l’amende.